28.10.2013

1. "A l’issue du kick-off meeting, nous planifierons quelques workshops"

Dans un "workshop", ou atelier de travail, un très grand nombre de personnes plus ou moins concernées par le projet sont invitées à gloser plus longtemps encore qu’à l’accoutumée sur des thématiques précises et définies en amont. Ce groupe de travail met, bien souvent, à contribution beaucoup trop d’acteurs, auxquels on bouffera une demi-journée pour pas grand-chose.

2. "J’attends de vous que vous soyez force de proposition"

On avait "force rouge", "force jaune", on a maintenant "force de proposition". Cette étrange tournure signifie simplement être créatif, avoir des idées et, surtout, les partager avec ses collaborateurs pour faire progresser l’équipe et la boîte qui vous emploie.  Rien à voir avec Bioman, donc. Quoique…

 3. "Ce wording ne risque-t-il pas d’être confusant ?" 

Emploi totalement injustifié de l’adjectif “confus” sous une forme qui ne lui appartient pas. Ce mot très utilisé dans l’entreprise semble signifier que le fameux "wording" (ou formulation) provoquerait de la confusion. Bref, qu’il embrouillerait au lieu d’expliquer. Un peu comme ce mot lui-même…

4. "Je vous propose que nous réfléchissions à un accord win-win"

Le terme "gagnant-gagnant" paraissait-il si ringard ou incompréhensible pour qu’on ait eu à puiser encore une fois chez nos voisins britanniques ? Ou bien la "win" sonnait-elle plus dynamique, plus business ? Toujours est-il qu’ils sont nombreux aujourd’hui à asséner cette expression qui, à la première écoute, fait davantage songer à Oui-Oui, le personnage au bonnet à grelot, qu’à une quelconque affaire juteuse. A quand la loose-loose ?

5. "Je peux pas déj avec toi, j'ai une réu à 14 heures avec ma N+1"

Débarquée dans le langage de l’entreprise il y a quelques années, cette horreur futuriste et désincarnée fait pourtant les belles heures de l’open space, où, même si l’on se targue d’apprécier la hiérarchie à l’horizontale, l’ancestrale structure verticale réapparaît fatalement à un moment donné. Et puisque les mots "patrons", "chef" ou "supérieur" sont complètement has-been […], la formulation "+1, +2..." a semblé combler un vide. Des suggestions pour une appellation plus humaine ?

6. "Avec la PJ c’est mieux :-)"

La pièce jointe… La fameuse, celle que, depuis plusieurs décennies d’utilisation quotidienne de l’e-mail, nous oublions invariablement de joindre à notre courrier, même après avoir introduit notre blabla d’un "vous trouverez en PJ de ce courrier la proposition truc". Après avoir cliqué sur "Envoyer", nous sommes statistiquement une bonne moitié à avoir omis la PJ, qui n’a rien à voir avec la police judiciaire, d’où l’insupportable "Oups, la PJ hihi". LOL.

7.  "Pas très sexy, ta prez !"

Dans notre société du paraître, tout doit être glamour, sexy… Si bien que le monde du travail s’est lui aussi emparé de ce mot fourre-tout pour l’appliquer à des éléments ausi insolites que des slides, des comptes rendus ou des discours d’inauguration. "Tu pourrais reprendre ton paragraphe sur le droit fiscal pour le rendre un peu sexy ?" Mmh…

8. "Je vais prendre le lead sur ce projet, si ça ne t’ennuie pas"

Les termes anglais font plus facilement passer la pilule, c’est bien connu. Imaginez une seconde la même question formulée ainsi : "Je décide arbitrairement que je serai le chef de ce projet. C’est donc moi qui prendrai les décisions, qui t’indiquerai quotidiennement ta liste de tâches, puis qui présenterai en réunion ton travail pour en récolter les lauriers. Ça ne t’ennuie pas ?" Euh, comment dire…

http://www.capital.fr/carriere-management/actualites/florilege-des-mots-corporate-les-plus-utilises-881430

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